Présentation
de M. Youri Afanassiev
Doctorat
Honoris Causa, Université Laval, 7 avril 2005
par
Henri Dorion
C’est à la fois un
honneur et un plaisir d’avoir à présenter Monsieur Youri
Afanassiev, fondateur et président de l’Université d’État
des Sciences Humaines de Russie, car c’est pour moi l’occasion d’exprimer
publiquement mon admiration et mon respect pour cet universitaire de
très haut calibre qui m’a accueilli plusieurs fois dans son
université.
Homme de large vision, M.
Afanassiev s’est impliqué dans une action sociale et politique
axée sur la démocratisation de son pays et mue par un profond
engagement humanitaire. Le rayonnement de son œuvre, largement reconnue
dans de nombreux pays, a rejailli jusqu’au Québec. À cet
égard, l’Université Laval se réjouit d’avoir pu
bénéficier de l’activité de cet ami de la Francophonie,
résolument tournée vers la coopération internationale.
Figure influente du milieu
intellectuel russe, Youri Afanassiev s’est impliqué dans le mouvement de
libéralisation du contexte socio-politique de son pays depuis les
années ’80. Il a animé des débats publics qui ont eu une
influence marquante sur l’évolution de la société russe.
Ses nombreuses prises de position ont été inspirées par la
défense des droits humains et par la valorisation des humanités
dans le système éducatif.
M. Afanassiev a
dirigé l’Institut d’histoire et d’archivistique de Moscou. Il a agi au
sein de plusieurs organismes qui ont apporté leur contribution à
la réforme profonde du système d’enseignement supérieur en
Russie. Il a fondé, en 1991, une nouvelle université, axée
sur le développement des sciences humaines, libérée des
contraintes que les autorités soviétiques avaient imposées
au système d’éducation. Cette université connaît un
développement et une reconnaissance qui en font une institution
innovatrice et influente.
M. Afanassiev est reconnu
internationalement, tant dans le cadre de sa spécialité,
l’archivistique et l’histoire de la Russie, que comme collaborateur
engagé et efficace dans le développement du dialogue
international. Il accueille dans son université des centres de recherche
en collaboration avec divers pays, France, Italie, Suède, Allemagne,
Etats-Unis, de même qu’une chaire UNESCO, aux côtés desquels
le Centre Moscou-Québec a le bonheur d’être logé. Ce Centre
est en quelque sorte le pont de coopération entre l’Université
Laval et l’Université d’État des Sciences humaines de Russie.
Spécialiste de
l’historiographie française, M. Afanassiev entretient une collaboration
active avec plusieurs universités francophones. Parmi ses quelque 400
ouvrages, articles et conférences, ses publications à
l’étranger ont été majoritairement éditées
en français, dont Cette grande
lueur à l’Est, en 1989 en
collaboration avec Jean Daniel et Ma
Russie fatale,en 1992. Il a aussi dirigé en 1989, en
collaboration avec Marc Ferro un ouvrage collectif publié chez Payot, 50 idées qui ébranlent le
monde, qui est en fait un dictionnaire de la glasnost’. On n’à penser
à la date de publication de cet ouvrage, à la toute veille du
profond changement politique qu’ont vécu l’URSS et la Russie, pour
comprendre l’importance de ce témoignage collectif d’auteurs
français et russes sous la direction de M. Afanassiev.
Plus récemment, cet
observateur engagé a démontré une fois de plus son courage
et sa grande probité intellectuelle dans son livre, publié chez
Fayard, De la Russie ; les enjeux
actuels. Il y fait une critique sévère de la Russie
post-soviétique et de la « démocratie dirigée »,
pour prendre son expression, une critique où cependant la grande
lucidité de son analyse est susceptible de nous amener à
sûrement espérer et peut-être entrevoir avec optimisme les
changements à venir.
Ces ouvrages, qui
constituent des témoignages très pénétrants de la
Russie actuelle, l’ont fait reconnaître comme l’une des figures importantes qui militent
pour la construction de la Russie démocratique et le renforcement des
liens entre la Russie et la culture française. Car, il faut le dire, M.
Afanassiev est un grand ami de la Francophonie.
À ce titre, il a
reconnu le Québec comme un partenaire auquel il attache une grande
importance. Il l’a prouvé en accueillant dans son université le
Centre Moscou-Québec et en y instituant deux programmes d’études
québécoises, l’un en histoire et en archivistique, l’autre
couvrant le champ des sciences sociales, économiques et judiriques de
même que les relations internationales. À diverses reprises, il y
a reçu des missions québécoises qui ont pu apprécier
les ressources du Centre Moscou-Québec.
Qu’il me soit permis de
joindre mon témoignage personnel à celui des professeurs et des
nombreux étudiants de l’Université Laval qui ont eu l’avantage de
connnaître la généreuse attention que M. Afanassiev a portée
à tous les projets qui s’inscrivent dans cette coopération
continue et fertile entre nos deux universités.
M. Youri Afanassiev, une
personnalité de très haut calibre, est, on le voit, un
défenseur de la culture et de l’idée démocratique, un ami
de la francophonie, un ami du Québec, un ami de l’Université
Laval.
La reconnaissance que lui
exprime aujourd’hui notre Université s’ajoute à plusieurs ordres
de mérite qui lui ont été décernés en
Russie, en France, aux États-Unis, en Lettonie, en Lituanie et au Québec
(je rappelle que M. Afanassiev a été décoré de
l’Ordre des Francophones d’Amérique par le Premier Ministre du
Québec, M. Bernard Landry, à Moscou en 2002).
Monsieur Afanassiev, je vous
invite maintenant à recevoir des mains du Recteur, Monsieur Michel
Pigeon, Le Doctorat ès Lettres « honoris causa », à
revêtir l’épitoge et à signer le Livre d’Or de
l’Université Laval.